dimanche 26 novembre 2006

L'oeuf, la poule, et accessoirement le gobelin, par Genimo




Qui ne s'est jamais demandé si c'était l'oeuf qui avait fait la poule ou la poule qui avait fait l'oeuf? Un ami elfe très moqueur (sisi, j'ai quelques relations parmi eux) m'a mis au défi de répondre à cette énigme si mes coutumes taurènes étaient aussi empruntes de sagesse que je le prétendais.


Je partis donc au sommet d'une montagne et priai sans relâche l'esprit de terre-mère afin qu'il accepte de répondre à cette question hautement philosophique. L'esprit crut tout d'abord que je me payais sa tête! Aussi refusa-t-il tout net d'entrer en matière, jugeant cette conduite indigne du chaman que j'étais. Je faillis même y laisser mon cuir, les esprits n'appréciant guère que l'on puisse rire à leurs dépens. Cependant, au bout de quelques jours et à force d'insistance, je finis par obtenir gain de cause et voici ce que l'esprit me conta:


"Il était une fois un gobelin nommé Gobeoeuf. Les mauvaises langues ne se gênaient pas pour le surnommer "Grosboeuf" dès qu'il avait le dos tourné! Mais l'ironie du sort voulut un jour qu'un tauren (qui portait ce nom par le plus pur des hasards) eut vent de cette moquerie. Inutile de préciser quelle fut sa réaction ni le carnage qui s'en suivit! D'ailleurs cela n'a rien à voir avec l'histoire qui nous intéresse et je m'égare...


Où en étais-je? ...ah oui! Donc il était une fois, en des temps immémoriaux, un gobelin nommé Gobeoeuf. Ce gobelin était cupide comme aucun gobelin ne l'a jamais été, ni ne l'est, ni ne le sera jamais. Il était de tous les mauvais coups et imagina tant d'arnaques qu'à la fin plus personne parmi les siens ne lui fit confiance. Oh, bien sûr, Gobeoeuf n'était pas si malin que ça, et s'il l'avait été suffisamment durant un temps pour s'en servir contre ses semblables, l'esprit de la vie se chargea par la suite de lui donner une bonne leçon.


Après avoir tenté en vain quelques coups douteux, il réalisa que ses tours ne prenaient plus. S'il voulait accroître sa fortune, il lui fallait mettre les voiles vers d'autres horizons, et vite! Car le temps, c'est de l'argent, comme il se plaisait à le répéter.

Il fit donc son baluchon et s'en alla par les chemins. Ce qu'il y vit, ce qu'il y fit, on s'en fiche! Ne nous attardons pas sur les récits désolants de son voyage qui fut autant burlesque que pénible. Passons directement à la suite, cela vaudra mieux pour tout le monde.


Le fait est que ses pas le menèrent tout droit vers une contrée lointaine qu'on appelle de nos jours "La Marche de l'Ouest". Là-bas, il fit connaissance pour la première fois de sa vie avec des humains. Ceux-ci semblaient vivre paisiblement et l'embonpoint qui marquait la ceinture de certains d'entre eux laissait à penser qu'ils étaient à l'abri du besoin. "Quelles affreuses et stupides créatures que voici!" pensa Gobeoeuf, ravi, un sourire avide au coin des lèvres. "Avec mon charme et mon intelligence légendaires, il ne me sera pas difficile de leur soutirer quelque bien".


Sitôt dit, sitôt fait. Il ressortit quelques bonnes vieilles entourloupes de son sac à malice, persuadé d'avance de son succès. A quoi bon en inventer de nouvelles? Celles-ci avaient déjà fait leurs preuves par le passé et nul ne s'en méfiait par ici!


Malheureusement, il se trompait. Les humains, loin d'être bêtes, le trouvaient non seulement désagréable, mais cherchaient en plus à se débarrasser de ce qu'ils considéraient comme étant la plus grande disgrâce qui ne leur soit jamais arrivée: c'est-à-dire lui. "Regardez comme il est repoussant", murmuraient-ils en secret. "Il transpire la fourberie et avec une tête pareille ce ne serait pas étonnant qu'il ne nous manigance quelque vilainie!"


Et ce qui devait arriver arriva. A la première occasion, Gobeoeuf fut jeté en prison. Même s'il n'avait pas eu le temps de faire beaucoup de mal, rien ne lui fut épargné! A vrai dire, on souhaitait avant tout lui faire passer l'envie de revenir une fois qu'il serait sorti de sa tôle.


Le gobelin tempêta, cria, puis se résigna, ruminant avec amertume toutes les vengeances possibles qu'il ne manquerait pas de mettre à exécution dès qu'il trouverait le moyen de s'évader de ce trou. Pour ce faire, il tenta d'amadouer son geôlier. Au début, cela fonctionna à merveille! Il réussit plus ou moins à se lier d'amitié avec ce dernier. Mais notre ami Gobeoeuf ne pouvait aller contre sa nature. Il repéra un objet de valeur suspendu au cou du gardien (un magnifique petit éclat scintillant d'une pureté incroyable) et cela se mit à le travailler à tel point qu'il finit par le dérober avant de l'avaler afin d'être sûr de n'avoir pas à le restituer.


Le garde en conçut une immense colère! Ainsi, cet horrible petit être au teint vert avait voulu se jouer de lui? Grand bien lui fasse! Il mourrait dans d'atroces souffrances.


"Mon ami", lui dit-il le lendemain. "Je me suis sans doute emporté trop vite en découvrant votre forfait et je vous prie de bien vouloir m'en excuser. Qu'est-ce qu'un misérable collier un fois qu'on a la chance de vous connaître? De plus il me semble qu'une créature aussi excellente que vous mérite mieux que cette grenaille. Allons donc, mon noble Gobeoeuf, je désire me faire pardonner. Je vais vous confier un secret..." Et il lui murmura quelque chose à l'oreille.


A mesure qu'il écoutait l'humain, le visage du gobelin s'illumina d'un grand sourire. A renfort de flatteries, le garde venait de lui offrir ni plus ni moins que la clé d'une richesse éternelle! Il n'en fallait pas plus pour le convaincre de sa sincérité et son évasion put enfin être organisée.


Or, voici ce qui se produisit. Armé d'une carte et d'une boussole que son geôlier lui avait confiées, Gobeoeuf mit le cap vers le nord-ouest. Il devait se rendre dans une région volcanique très chaude, à l'endroit même où la terre crache de longues coulées de feu, et y trouver une montagne appelée Mont Blackrock. Là-bas, il devrait s'enfoncer dans les profondeurs et dénicher l'antre du Dragon Poularian, lequel gardait des oeufs remplis de joyaux.


Le coeur rempli de désir, Gobeoeuf ne mit pas bien longtemps à y parvenir. Le voyage ne dura que quelques semaines et se déroula sans incidents majeurs. On n'avait encore jamais vu de goblelin courir aussi vite, ni esquiver avec tant de facilité les attaques reptiliennes de toutes les bêtes draconniennes qui avaient cherché à le dévorer le long de la route. Aussi, c'est presque frais et dispos qu'il finit par atteindre son but.


La montagne rugissante ne l'impressionna pas le moins du monde. Il l'escalada, puis découvrit une faille qui lui permit de pénétrer dans ses entrailles. Là, il se mit à descendre, descendre et descendre encore, jusqu'à parvenir devant une porte étrange, protégée par une sorte de bouclier magique. Voulant briser ce portail, il se précipita contre! Il y eut comme un instant de flottement, figé dans le temps, puis notre ami put constater qu'il avait réussi à le franchir avec une facilité déconcertante.


Une fois à l'intérieur, il remarqua que l'endroit abritait toutes sortes de créatures à l'air féroce. Si l'esprit de la vie n'avait eu de plan le concernant et ne s'était chargé de le protéger, notre ami Gobeoeuf n'aurait sans doute jamais pu se frayer un chemin parmi elles. Mais quand l'esprit de la vie veut quelque chose, il l'obtient. Les énormes monstres qui hantaient les lieux furent avertis du destin funeste qui les attendait s'ils osaient ne serait-ce que lever une griffe vers le gobelin. De toute façon, vu l'aspect de cette petite chose verte et grimaçante, les habitants de l'antre n'avaient pas spécialement envie d'en faire leur repas. Ils obéirent donc aux exigences de l'esprit sans trop de mauvaise volonté et ne bronchèrent pas sur son passage.


Fort de cette expérience, Gobeoeuf prit confiance en lui. Il fut persuadé que sa prestance pouvait venir à bout des êtres les plus récalcitrants et que sa seule présence impressionnerait Poularian lui-même. C'est d'un pas décidé, le menton relevé d'une fière arrogance, qu'il se dirigea vers les appartements du grand dragon.


Enfin, il trouva ce qu'il cherchait et se mit à lancer des injonctions. En l'apercevant, Poularian fut pris d'un fou-rire comme cela ne lui était pas arrivé depuis des siècles! Quelle était donc cette petite chose aux traits colériques qui s'agitait devant lui? Et pourquoi s'escrimait-elle brasser de l'air avec ces deux petits machins qui lui faisaient office de bras? Il n'avait jamais rien vu de plus hilarant! Ceci eut le don de le mettre de bonne humeur.


- Que veux-tu visiteur? lui demanda-t-il de sa grande voix, entre deux éclats de rire.
- Je n'aime pas qu'on se moque de moi! hurla Gobeoeuf au comble de l'énervement. Tu ferais bien de rester poli et d'accéder à ma demande sans plus tarder si tu ne veux pas finir en ragoût de lézard ailé! Je ne plaisante pas!


Si Poularian fut surpris, cela ne réussit cependant pas à entamer sa joie.


- Et quelle est cette demande? fit-il en faisant mine de reprendre son sérieux.
- File-moi un de tes oeufs et je te laisserai la vie sauve! répondit le gobelin sans perdre de sa superbe. C'est un honneur pour toi que de m'offrir les joyaux dont il regorge alors ne me fais pas perdre patience. Si tu ne te plies pas de bonne grâce à mes désirs, je te ferai regretter d'être venu au monde!


Poularian trouva cette situation follement amusante. Cependant, ses oeufs contenant des joyaux plus précieux que tous les joyaux, c'est-à-dire sa progéniture, il ne goûta guère à la menace. Mais tuer ce petit être vert pour le punir de son culot ne serait pas très rigolo. Il eut donc une idée...


- Je reconnais que tu es grand et beau! dit-il à Gobeoeuf en affichant un regard faussement admiratif. Je n'aurais certes pas le coeur de te priver de ce qui pourrait faire ton bonheur. Malheureusement, ces oeufs ne valent plus rien. Quelqu'un s'est servi avant toi...

Il leva une patte et dévoila les restes d'un oeuf fraîchement éclos.

- Vois par toi-même, il est vide! ajouta-t-il.

Toutefois, et à condition que tu veuilles bien te laisser faire, je possède l'enchantement nécessaire pour te donner le pouvoir d'en pondre toi-même... Bien sûr, ils seront beaucoup plus petits mais également plus nombreux. Et je t'assure que la ponte est un plaisir! Jamais tu ne te sentiras aussi bien que lorsque cela arrivera.

- Eh bien fais! ordonna le gobelin en se rengorgeant, entrevoyant déjà sa gloire future. Nul n'est plus digne que moi de recevoir cette magie.

C'est ainsi que le rituel fut accompli. Ensuite, Poularian lui ouvrit un portail puis le renvoya auprès des siens.

A peine arrivé au village, Gobeoeuf se mit en tête de faire un retour triomphal. Il convoqua tous les habitants sur la place principale et dit:

- Désormais, je suis un gobelin riche. Vous n'aurez plus à craindre mon intelligence redoutable! Je serai votre roi et vous mes vassaux. Bientôt vous vous agenouillerez devant ma grandeur! Visez plutôt ce que je sais faire...

Et hop, il pondit un petit oeuf tout blanc.

- Gardez vous de rire! s'empressa-t-il d'ajouter d'un air menaçant. Cet oeuf contient de l'or et des joyaux! Je peux en pondre beaucoup des comme ça. Dans quelques jours, je serai père d'une immense fortune!

Et pour appuyer ses dires, il en pondit un deuxième.

- A présent, laissez-moi, fit-il d'un air hautain. Il me faut les couver afin que mes diamants viennent à maturité.

Les habitants se retirèrent et quelques heures passèrent. Aux premiers craquements qu'il sentit au-dessous de lui, Gobeoeuf se mit à crier:

- Venez-vite! Les oeufs vont éclore! Vous verrez que je n'ai pas menti!

Aussitôt, le village entier fut réuni, retenant sa respiration d'un air inquiet. On aurait pu entendre une silithide voler! Personne ne souhaitait voir Gobeoeuf devenir roi. Mais s'il s'avérait qu'il avait raison, alors il faudrait s'incliner.


C'est alors que la première coquille se craquela. Un petit chapeau se forma, puis se souleva... Et là... et là... ce fut la fin de tout pour notre ami gobelin. Une petite créature jaune et poussive en sortit, poussant de petits piaillements plaintifs.

Il serait méchant de raconter la suite. On se moqua tellement de Gobeoeuf qu'il finit par se retirer sur une petite île et n'osa plus jamais reparaître devant qui que ce soit. Il était père oui, mais pas de ce dont il pensait porter la paternité à la base. Jamais il n'avait vu d'animaux aussi ridicules et inutiles que ceux qui était nés par son oeuvre!

Il essaya de se venger un peu du dragon en leur donnant le nom de poulets, puis les envoya chez les humains à la Marche de l'Ouest dans l'espoir qu'ils picorent toutes leurs récoltes, les plongeant dans une pauvreté sans fin.

Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il venait de se séparer de la poule aux oeufs d'or et que celle-ci pondait un oeuf sur quatre en or massif tandis que le coq avertissait le monde de la levée du jour, évitant de cette manière aux hommes de perdre un temps précieux de travail.

Au bout du compte, ce fut le dragon qui fut réellement vengé dans cette histoire. Il avait humilié le gobelin en lui faisant pondre de pâles copies d'oeufs et en rendant riches ses ennemis. Les humains quant à eux ne comprirent jamais pourquoi Gobeoeuf leur avait fait don d'un si merveilleux présent. Peut-être n'était-il pas si méchant finalement? Quoi qu'il en soit, la boucle était bouclée.

C'est donc l'oeuf qui fit la poule, et accessoirement le gobelin...

A présent, allez en paix fils des éléments, me chuchota un peu plus tard l'esprit de terre-mère. Et ne me dérangez plus sans raison valable!"



Je m'en retournai donc, heureux de pouvoir porter la réponse à Ukryz, mon ami elfe. Une question demeurait pourtant: était-ce l'oeuf qui avait fait le dragon ou le dragon qui avait fait l'oeuf? Je n'ai pas osé poser la question, l'esprit s'étant déjà suffisamment montré indulgent envers moi.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Après avoir résumé le pourquoi du comment au digne fils d'Elune que j'avais devant moi, sa réaction ne se fit pas attendre. A mon grand damn, elle fut à mille lieues de celle que j'attendais...

- On te ferait gober n'importe quoi, même un oeuf! me dit-il en riant. Il semble que ton esprit ait voulu faire de l'esprit! Au moins je te le concède, les forces que tu vénères ont de l'humour.


Fin.



C'était Genimo pour le Hors-Sujet :D






3 commentaires:

Anonyme a dit…

Ah ben voila enfin la réponse à la grande question de la vie. La prochaine fois que l'on me demandera qui est arrivé en premier de l'oeuf ou de la poule je pourrais dir que c'est le goblin qui a pondu l'oeuf :)

Anonyme a dit…

ouais GG Genimo, j'l'ai dejà dis mais jle redis: t'écris à merveille ;-)

Anonyme a dit…

Oh c'est trop chou! Et c'est que maintenant, mois d'avril, que je le vois. Huhu, que d'honneur Orgrimatch, bisous!!!!!!!!!!!!!

Mici mon tit dudu :-)